Passion karaoké

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L'édito de la semaine

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D'abord il y a le silence. On entre dans le hall de l'hôtel. Des gens sont là, des femmes dans le sofa, attendant l'ascenseur. Le silence continue : c'est un film sans son. Les images sont de Babette Mangolte. Il n'y a toujours pas de son et c'est très troublant. On monte dans les étages. On visite les couloirs. On croise un monsieur à nœud papillon. On avance en lent travelling. C'est « le récit d’un lieu, écrit Chloé Vurpillot, un voyage vertical qui prend le temps, du hall d'entrée jusqu'au toit de l'immeuble, d'une traversée de chambres en couloirs, derrière des portes closes ou dans des enfilades, de faire éprouver une atmosphère ». C'est l'hôtel Monterey, à New York, dans le film Hotel Monterey de Chantal Akerman. C'est une expérimentation du temps et de l'image, un film de la patience et du silence. « Un film social, lui dira sa mère ».


Ensuite il y a des chansons.

Sinn Sisamouth et Ros Serey Sothea, par exemple, chantent et jouent. Ce furent des vedettes de la scène rock'n'roll cambodgienne dans les années 60 et 70. Un son qui combinait les rythmes traditionnels khmers et les derniers tubes américains, anglais et français. Une musique hybride, électrique, nouvelle ! Comme partout ailleurs le rock'n'roll s'emparaît des foules. Le film Don't Think I've Forgotten raconte cette histoire. Cette montée de fièvre et l'Histoire qui frappe. L'arrivée des Khmers rouges et la mise à mort des millions de gens et de toute une vie culturelle. Les artistes survivants, les archives, des vinyles sortis des tiroirs nous font découvrir ce pan de culture méconnu et passionnant. Et c'est un film programmé en écho au festival FAME, festival de films sur la musique, qui s'ouvre prochainement à Paris.

Chanson encore, chanson du Nord. On est en Finlande, avec les adeptes du karaoké. On va dans les petits recoins du pays où s'ouvrent les micros à qui le souhaite, à qui l'ose... à qui en a besoin ! On découvre des voix plus ou moins assurées. Des corps qui ne savent pas trop quoi faire d'eux-mêmes. Mais toujours, souvent, on voit des hommes et des femmes qui se lancent parce qu'ils en ont une véritable nécessité. Quelque chose d'intime, des fêlures qui ont besoin de s'exprimer par le chant. C'est puissant de chanter, c'est intime aussi. Et ça touche, quand on veut bien être une cible. Voilà, dans Karaoke Paradise : des visages divers qui expriment leurs émotions par les mélodies et les mots des autres. C'est émouvant, oui, et plein d'énergie.


Une autre jolie émotion et une jolie relation dans Madeleine. Le résumé nous dit que la réalisatrice Raquel Sancinetti a 67 ans d'écart avec Madeleine qui en a 107 (en calculant bien on aurait donc l'âge de la réalisatrice qui devrait être de 40 ans). Elles sont amies, les deux femmes, et Raquel a un projet : partir à la mer avec Madeleine. Voilà. Est-ce bien possible à cet âge-là ? Nous verrons. Et en tout cas elles nous emmèneront dans un film fait de beaucoup de tendresse et d'amitié, et aussi de belle animation en feutrine.


Donner un coup de marteau à une célèbre œuvre d'art après avoir uriné dedans peut-il être considéré comme un geste artistique ? La question s'est posée lors des procès de l'artiste Pinoncelli, qui s'était ainsi attaqué à la fameuse œuvre Fontaine attribuée à Marcel Duchamp (l'urinoir, pour le dire autrement). Et elle se pose un peu de la même manière dans Voler un Rodin. C'est l'histoire d'un vol : celui de la sculpture de Rodin Le Torse d’Adèle. à l'occasion d'une exposition exceptionnelle à Santiago du Chili. On sait qui est l'auteur du larcin, d'autant plus qu'il a rendu l'œuvre très rapidement : un étudiant des Beaux-Arts, Emilio Onfray (rien à voir avec Michel). Cela donne lieu à un film-enquête savoureux, comme un film noir qui se transforme en satire du monde de l'art, avec ses absurdités et parfois son ridicule. « Je ne suis pas un voleur, je suis artiste ! » clamait Emilio !

(À propos : est-on vraiment sûrs que Marcel Duchamp est bien l'auteur de Fontaine ?)

Bons films !