Images de guerres

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L'édito de la semaine

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« Je ne peux m'empêcher de sentir que le monde nous a laissés tomber. Enfin, pas les amis ni les proches mais le monde selon la télé ».

Chère N. est un film court de Chantal Partamian. C'est en 2006. Elle filme des rues, pour beaucoup en ruine, au Liban. C'est il y a 20 ans. Et elle écrit une lettre, dans l'urgence. Mathilde Rouxel programme ce film et écrit : « Aujourd’hui, alors qu’Israël bombarde encore quotidiennement le Liban, cette lettre personnelle adressée à N., adressée à tous·tes, devient immense. Elle dit l’injustice avec les mots de l’émotion, refuse l’anesthésie des chiffres. Elle nous rappelle que la guerre n’est jamais un concept. »

C'est un film court, un geste improvisé, une voix : « Dis-moi, je t'en supplie, que de l'espoir il y en aura toujours. »


Nous écrivons cet édito sur une table de café. Au mur il y a trois écrans qui diffusent la même chaîne d'info en continu. Les images du « monde selon la télé » résonnent durement, s'enchaînent, grignotent la vision. Des ruines et des déflagrations. Nous n'entendons pas ce qui se dit, mais qu'importe.

Des gens produisent toutes ces images. Certaines rejoindront le flux et l'habitude quand d'autres perdureront. Photographe de guerre est un portrait de James Nachtwey. L'un des plus importants photographes de guerre – vous connaissez sûrement certaines de ses photos. C'est un homme sérieux, qui a besoin de ce sérieux pour faire son travail avec dignité : photographier la guerre et la douleur, les hommes et les femmes en souffrance. Le film est non seulement une plongée dans l'action du travail (au plus près du plus près, à même l'appareil-photo), mais aussi et surtout une réflexion sur ce métier hors-norme qui se confronte au danger et à l'extrême violence. Un métier qui nécessite l'empathie et une forme d'espoir. Être « là où le monde s'effondre » pour témoigner à tout prix : dans Photographe de guerre on découvre James Nachtwey sérieux et taciturne. Mais aussi : optimiste.

Souvent ce sont les images qui témoignent de la guerre et de ses horreurs. Dans Cahier Africain, de Heidi Specogna, c'est un petit cahier d'école. Dans lequel des dizaines de témoignages de femmes, de filles et d'hommes de Centrafrique décrivent ce que les mercenaires congolais leur ont fait au cours du conflit armé de 2008. L'objet et ce qu'il contenait joua un rôle crucial lors d'un procès à La Haye. Mais le film s'intéresse aux personnes qui y ont écrit leurs histoires. Il s'intéresse aux vies, aux noms, aux destins. C'est encore une histoire de guerre et d'empathie nécessaire.


Aux murs les chaînes d'info continuent en continu. Les images tournent littéralement en boucle. 

Sur Tënk il y a du temps long. Dans Yours in Sisterhood on pourrait dire que le film embrasse 50 ans, des années 70 à aujourd'hui. Le film met en scène des femmes états-uniennes, face caméra. Elles disent tour à tour des lettres qui ont été écrites par des lectrices de Ms. Magazine, considéré comme le premier magazine féministe grand public dans les années 70. Ce sont des témoignages d'injustices, de harcèlements, de destins contraints par leur genre. Ils résonnent dans les bouches des femmes d'aujourd'hui. Et la distance temporelle fait ressentir ce qui a changé et surtout, surtout ce qui demeure malgré les années : les discriminations de genre, mais aussi l'esprit de résistance et la solidarité. Plusieurs lettres se terminent ainsi : « Avec sororité ».


On termine avec pogo, headbang et death growl. C'est dans Apocalypse, un court métrage qui plonge dans la fosse des metalleux dans un grand festival de « rock extrême ». Ça sue, ça gigote, ça secoue la tête et ça gueule. Une expérience, quelques minutes de musique forte et violente qui monte. C'est presque un film de transe. Un défouloir peut-être.

Bons films !