Résumé
Tournée au Liban durant l’été 2006, pendant la guerre israélo-libanaise, cette lettre documentaire à une amie développe un point de vue qui s’étend de Dahieh, à Beyrouth, jusqu’à un pont en cours de reconstruction à proximité.
L'avis de Tënk
Dans Chère N., Chantal Partamian pose sa caméra là où ça fait mal. C’est l’été 2006, elle rentre à Beyrouth voir les siens, et l’armée israélienne bombarde. Trente-trois jours de terreur filmés en Super 8. Ce qui frappe, c’est la douceur de la forme pour dire l’horreur. La guerre, ici, n’est pas un récit de faits : c’est une affaire de fantômes.
Ce film n’est pas représentatif du travail de Partamian, cinéaste expérimentale et archiviste de l’image. Chère N. est un geste à part, presque naïf dans son urgence – essentiel à cet endroit précis. Parce qu’il rappelle que l’art doit parfois tout laisser tomber pour témoigner.
Aujourd’hui, alors qu’Israël bombarde encore quotidiennement le Liban, cette lettre personnelle adressée à N., adressée à tous·tes, devient immense. Elle dit l’injustice avec les mots de l’émotion, refuse l’anesthésie des chiffres. Elle nous rappelle que la guerre n’est jamais un concept. C’est un coucher de soleil qu’on ne regarde plus, une mère inquiète, un frère de 13 ans qui apprend trop tôt ce que détruire veut dire.
Mathilde Rouxel
Historienne du cinéma