
Nishtha Jain et un bonbon
L'édito de la semaine
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Nous vous emmenons cette semaine, avec le festival DOC-Cévennes, dans l'œuvre d'une réalisatrice indienne peu diffusée en Europe et pourtant mondialement reconnue : Nishtha Jain. Une belle découverte qui nous entraîne dans les profondeurs de la société indienne en observant son monde paysan, ses classes et ses castes.
Farming the Revolution est une plongée au cœur d'un puissant mouvement paysan qui s'opposa en 2021 à un projet de réforme agraire du gouvernement de Narendra Modi. Une mobilisation monstre dans laquelle la réalisatrice s'est immergée pendant des mois : des dizaines de miliers des personnes installées dans un campement aux portes de New Delhi. Catherine Divet, de DOC-Cévennes, écrit : « Farming the Revolution nous montre ce que peuvent accomplir l’unité syndicale, l’égalité entre les humains, le service désintéressé, le respect de la vérité et l’esprit de sacrifice (le mouvement pleurera des centaines de morts). Saisons torrides ou pluvieuses, mensonges des médias, violences policières, assassinats, rien ne découragera ces magnifiques personnes, menant leur épopée jusqu’à son point final. » Un très grand film de lutte !
Lakshmi est employée de maison. Elle travaille soixante-dix heures par semaine dans six foyers différents, dont celui de Nishtha Jain. Dans Lakshmi and Me, la cinéaste donne à voir sa relation avec cette très jeune femme qu'elle emploie depuis 5 ans et paie 600 roupies par mois, « moins que ce que je dépenserais pour un dîner dans un restaurant chic », dit-elle. Une relation évidemment pas simple par son déséquilibre. Mais Nishtha Jain parvient à faire un portrait de Lakshmi qui témoigne de l'attention qu'elle lui porte et de leur intimité. Forte et fragile, courageuse et prise dans les contraintes de sa caste et de son rôle de femme, elle avance. Et le lien entre les deux femmes peut ressembler à une amitié.
(Sur ce qui « peut ressembler à une amitié » (voire plus) dans ce type de relations déséquilibrée, vous pouvez encore regarder le très beau moyen métrage Vas y voir !)
Poser devant une représentation peinte des tours jumelles en feu, ou bien devant le Taj Mahal ? City of Photos s'immisce dans des studios photo de quartier dans des villes indiennes, où l'on vient se faire tirer le portrait pour une identité ou pour une belle image colorée. C'est tout un univers qui s'y déploie, que Nishtha Jain fait résonner avec le passé, avec les fantasmes, avec les idéaux qui peuplent les imaginaires de chacun : superbes toiles peintes, poses fières et musclées, robes arrangées au pli près. Et au-delà de tout ça : un film sur la petite fabrique des archives de nos mondes contemporains – de toutes ces images accumulées depuis des décennies, on fait une Histoire.
Loups à crinière, chouettes, tamanduas (c'est un cousin du tamanoir), renards des savanes : dans Il fait nuit en Amérique il y a beaucoup d'animaux. Ils ne sont pas dans la prairie, ils ne sont pas dans la forêt, ils sont en pleine ville, échoués là à cause de l'expansion urbaine. C'est à Brasilia. Ils sont recueillis et placés au zoo. Voilà pour le cadre. Ensuite, le film : il est conçu, selon les mots de la réalisatrice Ana Vaz, comme une intrigue d'« éco-horreur ». Une permanente nuit (américaine, évidemment) nous plonge dans une sorte d'hypnose devant les images sublimes de ces êtres qui semblent tout à fait perdus, et peut-être menaçants. Francisca Lucero écrit : « É Noite na América est une expérience sonore et visuelle fascinante, qui invite à une réflexion politique sur les conséquences dévastatrices de la modernité, sous le regard inquisiteur des espèces qui luttent pour survivre ». Un bien singulier documentaire animalier !
Un bonbon, pour finir ! La Communion de ma cousine Andréa, comme un détournement du classique film de famille. Un cousin qui filme sa cousine pour ce jour particulier, mais qui pour le montage fait intervenir Andréa en l'interrogeant sur ses pensées, ses croyances, ses désirs. Alors oui, ça donne une cérémonie religieuse accompagnée de reggaeton, ça donne des biftons à gogo, une Andréa au volant d'une Ferrari bien rouge... Bref, on s'amuse et on entrechoque le solennel avec le terre à terre, et Dieu avec les rêves d'une gamine !
Bons films !




