Des trucs de meufs et de mecs

Des trucs de meufs et de mecs

L'édito de la semaine

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« Mais parce que c'est un truc de meuf ! », répond-il lorsque Coline Grando lui demande pourquoi il ne prenait pas en charge la contraception dans son couple. Un truc de meuf, donc, c'est un film dans lequel plusieurs hommes parlent face caméra de leur expérience de la contraception dans leurs relations. S'ils sont là, c'est aussi parce que la réalisatrice les a interrogés plus largement sur la question de l'avortement, à laquelle ils ont tous été confrontés : cela avait donné le film La Place de l'homme (en location). Mais il y avait dans ses rushes de quoi faire un autre court métrage spécifiquement sur la contraception ! Alors on les écoute. « Du très ironique "On a inventé la pilule, maintenant, débrouillez-vous !" aux petits rires gênés, jusqu’à des pratiques partagées au sein du couple, c’est tout un cheminement d’un impensé collectif à une prise de conscience individuelle que met en scène le film. Un film qui dit que des solutions existent et que le changement est possible. De quoi donner espoir. »


Direction l'Est. En commençant par l'Union Soviétique, dans Turn Your Body to the Sun. C'est comme une enquête : une romancière estonienne, Sana Valiulina, part sur les traces de son père, qui de son vivant restait cloîtré dans le silence. C'était un mur, un dos courbé qui souvent écrivait des choses dont elle ne savait jamais rien. Jusqu'à ce qu'elle puisse se plonger dans toutes ses archives. Alors Sana part en voyage et découvre dans son enquête l'incroyable vie de cet homme, Sayar de son prénom, qui fut soldat de Staline, soldat contraint des nazis, et qui connut le goulag au lendemain de la 2e Guerre Mondiale. Une histoire qu'il porta lourdement sur son dos courbé, et qui l'isola. Une histoire racontée par ce film, comme une tentative de dialogue renoué.

L'Est de l'Europe à la fin des années 90, en Serbie. Une jeunesse qui a grandi dans les guerres des Balkans, qui se secoue sur du punk, qui skate dans la rue et que la guerre rattrape, au Kosovo. Nikola Ilić fait partie des mobilisés. Mais il est sûr de lui : jamais il ne voudra faire du mal à un autre être humain. Ce qui colle assez mal à la politique de l'armée serbe. Il trouve une « solution », si l'on peut dire, qui se formule par le titre du film : Exit Through the Cuckoo's Nest. Pour le dire avec des mots français : « Issue de secours : la maison de fous » (ou nid de coucous). Oui c'est par l'internement psychiatrique qu'il trouvera tant bien que mal son salut... Un film entre archives personnelles et images triturées, qui a obtenu le Prix du meilleur documentaire à Clermont-Ferrand en 2025, remis par Tënk et La Cinémathèque du documentaire.

Clermont-Ferrand, où a lieu l'édition 2026 du festival du court métrage, du 30 janvier au 7 février !


Une toute autre jeunesse, en Colombie, à Medellín, aujourd'hui. Anhell69, c'est un casting, et c'est beaucoup d'autres choses. Au départ, il y a un désir de film de fiction qui parlerait de fantômes dans cette ville violente, où la jeunesse queer doit trouver sa place. Et puis il y a un dur retour à la réalité : la mort par overdose d'un des comédiens. Alors Theo Montoya prend le chemin d'un film hybride, inquiétant, entre fiction et documentaire. Un portrait de génération qui comme les fantômes fait coexister la mort avec la vie, avec même « une soif de vivre débridée », pour notre programmatrice Luc-Carolin Ziemann. Des personnages qui réfléchissent à leur identité sexuelle dans la société colombienne, « à l'absence de perspectives d'avenir, à la drogue, à la mort comme compagne constante et au besoin brûlant de vivre le moment présent ». Un film noir, lascif, dur et tendre à la fois.

Bons films !