
Nunca más
L'édito de la semaine
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« Depuis son arrivée au gouvernement argentin en 2023, le Président Javier Milei a remis en question à plusieurs reprises le chiffre de 30 000 victimes de la dictature. Soutenu par de vastes secteurs de la population, notamment des jeunes, ses mots ravivent les discours négationnistes. Voilà pourquoi aujourd’hui, 50 ans après le coup d’État qui a instauré une dictature militaire en 1976, il est encore important et nécessaire de revenir sur cette période sombre. »
Ainsi débute le texte écrit par notre programmatrice Francisca Lucero pour notre « Tours, détours » de la semaine intitulé Argentine 1976 : coup d'État. Trois films réunis, qui font chacun à leur manière un travail de mémoire.
Il y a ce film de montage phénoménal : El juicio. C'est le procès des militaires au pouvoir en Argentine de 1976 à 1983, qui s'est tenu seulement 2 ans après, en 1985. Ulises de la Orden, le réalisateur, a travaillé sur une matière immense : 78 audiences, 530 heures de rushes captés dans le huis clos de la salle d'audience. Et un contenu incroyablement riche : interventions des avocats, témoignages de survivants s'enchaînent pour « reconstituer l’engrenage ténébreux de la machine d’extermination mise en place par le régime militaire, en complicité avec une partie de la société civile ». Trois heures d'un montage dense, au rythme soutenu, pour un film terrible et passionnant.
Albertina Carri a subi la dictature dans sa chair : ses parents ont été enlevés et assassinés alors qu'elle avait trois ans. Dans Los rubios (Les blonds), réalisé en 2003, elle mène une sorte d'enquête, en faisant dialoguer fiction et documentaire. C'est vingt ans après la fin de la dictature, et de nouveaux témoignages deviennent nécessaires : ceux des enfants des disparus. Rompant avec des formes traditionnelles, elle invente, joue, fictionne, pour faire parler un passé impossible à représenter, pour évoquer l'absence. C'est une jeunesse qui, en bande, en équipe, prend le relais de la mémoire pour aller de l'avant. « Un film devenu emblématique, qui a ouvert les portes à de nouvelles formes de récits autour de la dictature. »
Enfin, notre programmatrice Margot Mecca nous propose Responsabilidad empreserial – littéralement : responsabilité des entreprises. Ici, le réalisateur Jonathan Perel choisit une forme stricte : il filme « depuis une voiture les lieux où se sont déroulées les violences, comme en miroir de la surveillance des services de renseignement sous la dictature, tout en lisant à voix haute les charges contre propriétaires et dirigeants des entreprises ». Ce n'est pas un secret : les intérêts économiques s'accommodent bien des régimes autoritaires. Un film qui démontre la connivence entre l’État et les entreprises, et qui révèle « l’ampleur de l’impunité des bourreaux en col blanc ».
Francisca Lucero conclut : « Ces trois films nous rappellent qu’une dictature agit toujours en collaboration avec la société civile, en complicité avec le silence et l’oubli. Ils évoquent un passé qui résonne avec le présent : face à la montée du fascisme, il est toujours important de répéter encore une fois et sans cesse : nunca más, plus jamais ça. »
Une toute autre enquête, en Colombie cette fois : Ana Rosa. Catalina Villar, la réalisatrice, tente de comprendre le destin de sa grand-mère, qu'elle n'a pas connu mais dont elle sait qu'elle avait subi une lobotomie. Autant qu'au passé familial, elle confronte son regard à l'institution psychiatrique de l'époque, et particulièrement au sort qu'elle pouvait réserver aux femmes. « Plus qu’un récit médical, le film révèle un vertige : celui d’une époque où la parole des femmes passait par la voix des hommes, où leurs corps devenaient des territoires à corriger. Car il est là aussi le mouvement du film, redonner aux femmes leur voix perdue ».
Avoir une noix de coco à la place du cerveau : ça veut dire que c'est plein d'eau, ou bien qu'on a la tête dure ? Voici notre Coup de cœur de la semaine : Coconut Head Generation. Cela se passe à l'université d'Ibadan, au Nigeria. Le réalisateur Alain Kassanda y a créé un ciné-club dans lequel la parole s'échange et se fait engagée et politique. Tous les jeudis on y parle partiarcat, sexisme, homophobie, et on y dénonce la mal gouvernance du pays. Et lorsqu'arrive dans le pays une grande mobilisation contre le gouvernement, on passe des paroles à l'action ! Un puissant portrait de génération, qui fit partie de la sélection du festival Best of Doc l'année dernière, dont la nouvelle édition vient de débuter. Un entretien avec le réalisateur mené par Éva Tourrent est à découvrir ici.
Bons films !




