Résumé
Une voiture roule sur la neige, le coffre rempli de matériel sonore. Puis s’arrête au milieu de nulle part, dans des bars perdus, des salles des fêtes. Nous sommes en Finlande où le karaoké est une institution. De tous âges, de tous milieux sociaux, les chanteurs d’un soir fredonnent des fragments de vie, des souvenirs parfois drôles, parfois douloureux.
L'avis de Tënk
Une mélancolie mêlée de tendresse se dégage des paroles entendues dans Karaoke Paradise. Depuis 23 ans, Evi colporte sa « politique du karaoké » sur les routes de Finlande. Dans des Ehpad, des bars kitsch décorés façon western ou dans un garage perdu au milieu de forêts où les élans sont plus nombreux que les humains, le karaoké crée un lieu commun où l’intimité d’une voix peut résonner. Les solitudes se rencontrent, un sentiment d’appartenance grandit car une place est faite à chacun·e pour partager peurs et blessures en chansons. La pratique du karaoké semble alors s’inscrire dans une politique de la vulnérabilité qui laisse un espace d’expression aux faiblesses de tous·tes. Comme Evi, on aime observer l’effet du karaoké sur les gens. D’abord la nervosité, puis le visage qui s’anime, la voix qui prend confiance. Et le public qui se prête au jeu : des pas de danse esquissés, des lèvres qui s’agitent au rythme de paroles chantées par d’autres, des yeux humides. Des vulnérabilités chantées.
Juliette Menasseyre
Médiatrice culturelle en service civique chez Tënk