Kelly Reichardt

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L'édito de la semaine

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Un doute persiste. Nous savons que la seule différence visible entre une chouette et un hibou est la présence d'aigrettes, des plumes dressées au sommet de la tête de ce dernier, qui nous les font prendre pour deux oreilles. Alors nous avons un peu envie de faire appel aux ornithologues parmi vous, pour lever notre doute. Oui il nous semble que c'est une chouette, dans le petit court métrage Owl, mais à un certain moment, ne seraient-ce pas des aigrettes qu'on voit là ? 

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Owl, c'est un très court métrage de Kelly Reichardt, réalisatrice venant d'un pays où l'on ne distingue pas, dans le vocabulaire, les ziboux des chouettes : les États-Unis. Et il nous plaît beaucoup de lui consacrer un Fragment d'une œuvre, car elle est aujourd'hui l'une des plus importantes représentantes du cinéma indépendant états-unien – et invitée d'honneur au festival Visions du Réel cette année.

C'est l'occasion non seulement de voir ce fameux rapace nocturne sur sa branche – extrait du tournage d'un long métrage (First Cow) –, mais aussi un autre geste documentaire de la cinéaste. Dans Bronx, New York, Novembre 2019, Kelly Reichardt filme une sculptrice dans son atelier, qui manipule ses matières (papier, laine, pain...). C'est un repérage. Elle la filme pour nourrir son écriture (et le filmage) des personnages qui peupleront sa fiction Showing Up et notamment celui qui sera interprété par Michelle Williams.

Oui, Kelly Reichardt est une réalisatrice de fictions. Alors on y va. Dans Old Joy (qui est une fiction) on va dans les montagnes de l'Oregon avec Kurt et Mark, deux amis de jeunesse, à la recherche de sources chaudes. Kurt, interprété par Will Oldham (alias Palace, alias Palace Music, alias Palace Brothers, alias Bonnie Prince Billy), est l'insouciant, et Mark (Daniel London) est un peu plus ancré dans la vie d'adulte. Ils cheminent en Volvo Break, ils se perdent, ils campent, ils marchent dans la forêt... des petites choses ténues, comme souvent chez la réalisatrice. Charlène Dinhut écrit : « Old Joy réussit comme prouesse d’avoir pour acmé la pleine quiétude d’un bain dans une source chaude alors même qu’il est cisaillé de tensions, de soupçons de rancunes, de malaises ». Car oui, c'est l'amitié, ce film. Deux hommes qui ont un peu bifurqué mais qui cheminent ensemble malgré tout. C'est un film qui a vingt ans, et comme les amis de vingt ans on le garde précieusement.


On ne saurait être plus loin de l'Oregon et – malheureusement – de la fiction. Le Spectre de Boko Haram se déroule au nord du Cameroun. Dans une région où le groupe jihadiste sévit depuis des années et où la population vit en permanence avec la menace. La réalisatrice Cyrielle Raingou raconte le quotidien d'un village, Kolofata, à hauteur d'enfants. Ce sont Falta, Ladji, Ibrahim, Mohamed, Ismaela, Maloum... « La tension est là, elle existe, presque invisible, et sourde, omniprésente. L'horreur aussi est là mais ils essayent de la contrarier avec des histoires d'enfants. Comme si leur enfance devenait un outil de résistance ». Ce sont des histoires de lutte entre les traumatismes, la peur et l'énergie enfantine. C'est un film qui nous immisce un temps dans ce territoire que la cinéaste connaît bien, pour en être originaire. Elle vient de là, certainement, la justesse, la grande pudeur du film, et la possibilité de bien écouter les mots de ces enfants et d'imaginer pour eux un avenir possible.

Et elle vient aussi, peut-être, du temps long qu'il a fallu pour le réaliser : ce film est l'un des premiers à avoir été soutenu par Tënk en production, en 2018 ! Et depuis, alors que Tënk fête ses 10 ans, il y en a eu d'autres, des films soutenus, beaucoup d'autres !

Bons films !