René Vautier, puis du sport

René Vautier, puis du sport

L'édito de la semaine

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« J’ai toujours considéré une caméra comme une arme de témoignage. Mais ce n’est pas une arme qui tue. Au contraire, ça peut être un instrument de paix. C’est pour cela que je me suis bagarré pendant cinquante ans pour qu’il y ait des dialogues d’images, et tous les films que j’ai faits, je considère que ce sont des dialogues d’images. »*

René Vautier était le seul cinéaste à avoir un morceau de caméra dans la tête. Premier degré. Un fragment de métal logé tout près de son cerveau après que des balles françaises ont ricoché sur sa caméra et fait exploser l'objectif, alors qu'il tournait en Algérie – côté Algériens – des images qui constitueraient le film Algérie en flammes. Avant cela, René Vautier a réalisé Afrique 50, le premier film anticolonialiste français (en location). Il est certainement le cinéaste le plus censuré de l'histoire du cinéma français – le plus emprisonné aussi ? Ses films ont marqué l'histoire, ils ont participé à modifier des lois (sur la censure) ou à témoigner en justice (sur la torture française en Algérie, notamment par Jean-Marie Le Pen). On peut le dire, oui, René Vautier est un cinéaste engagé. Sinon qui ?

Pour préparer le scénario et le tournage d'Avoir vingt ans dans les Aurès, René Vautier a rassemblé des centaines d'heures de témoignages sur la guerre d'Algérie. « La véracité de chaque scène de ce film peut être certifiée par un minimum de 5 témoins », est-il dit en introduction. Et la véracité n'est pas belle. Ce film, c'est une fiction extrêmement documentée qui raconte le quotidien d'un groupe de soldats, initialement pacifistes, que la violence de la guerre envahit, avec toute sa lâcheté. Un scénario, oui : l'un des soldats (joué par Alexandre Arcady) déserte en emmenant un prisonnier avec lui (Hamid Djellouli). Mais la vérité, c'est pas un scénario. Le courage ou l'héroïsme pèsent peu, confrontés à la logique de cruauté (celle du lieutenant joué par Philippe Léotard). Dix ans après, cette représentation de la guerre « au ras des soldats » était absolument inédite – et choquante – et René Vautier nous dit, dans ce film majeur : ce fut ça la guerre d'Algérie. 

Dans ce Fragment que nous consacrons à René Vautier, nous vous invitons à regarder, justement, un film issu de la préparation d'Avoir vingt ans dans les Aurés. Il s'agit de Techniquement si simple. On ne sait pas trop quoi vous en dire sinon de regarder ces 11 minutes folles. Un homme qui nous parle de son travail technique pendant la guerre d'Algérie. Techniquement : installer des mines. Et puis il boulotte du pâté et du vin, il a l'air pas mécontent de lui, au contraire. Jovial, même, dans ses propos absolument glaçants. Oui, regardez ces 11 minutes. Et lisez l'avis écrit par notre programmateur Loïc Cloez. Lisez-le après. Ou bien avant, comme vous voudrez.

Vautier produisit de nombreux films avec l'Unité de production cinéma Bretagne, une structure créée pour faire un « cinéma d'intervention sociale ». Quand en 1975 douze femmes d'ouvriers furent accusées de séquestration du patron de leurs maris dans une petite ville de Loire-Atlantique, l'Unité fut appelée pour documenter leur lutte. Soazig Chappedelaine et René Vautier coréalisèrent alors Quand les femmes ont pris la colère. C'est l'histoire de l'attente d'un procès. Mais ce sont surtout des entretiens d'une teneur inédite pour l'époque. « Partant de l’expérience de quelques-unes des douze inculpées, écrit Chloé Vurpillot, le film propose une radiographie du couple, faisant dialoguer les récits individuels pour faire émerger une analyse matérialiste du couple à l’ère du capitalisme – sexualité, parentalité, violences conjugales, vieillesse, amour. Bien loin des "représentations bourgeoises de M. Chabrol". » 


Parlons sport ! Avec les deux autres films de cette semaine. Du sport qui cogne et du sport qui tamponne. 

Qui cogne : La lutte est une fin. C'est de la boxe, dans un cadre particulier, celui de la bourse du travail à Marseille, où se tiennent des matches et des entraînements organisés par le collectif Boxe Massilia. Un moyen de lien social et d'émancipation, le corps à corps ! Et un véritable engagement politique : tout le monde est bienvenu ! Et c'est Maho, homme trans et membre actif du collectif qui nous explique – avec humour et entrain ! – les bénéfices libérateurs et engagés de cette violence encadrée...

Qui tamponne : Outside Center. C'est du rugby, à Munich. Et là c'est l'histoire de Desmond, d'origine jamaïcaine, qui joue chez les Munich Monks, une équipe LGBTQ+, qui permet à des personnes queers de pratiquer un sport collectif dans un cadre plus sécuritaire, sans jugement ni discrimination. Desmond, on le suit dans son club de rugby autant qu'au club la nuit, et à travers lui se lit la complexité des parcours familiaux, amoureux, de migration. Mais aussi et surtout l'importance du collectif pour se maintenir debout, et même s'élever : en rugby il y a la technique du lift. Il s'agit, à deux, de porter solidement et à bout de bras l'un de ses coéquipiers dans les airs. Le porter haut, et fièrement, comme en triomphe.

Bons films !

Entretien : René Vautier, cinéaste résistant - Union communiste libertaire