Justine Triet, Sandrine Bonnaire

Justine Triet, Sandrine Bonnaire

L'édito de la semaine

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À l'époque, en 2007, à Cannes, ça s'appelait la Quinzaine des réalisateurs, et la réalisatrice Sandrine Bonnaire y avait un film sélectionné. C'était son premier long métrage : Elle s'appelle Sabine. Un premier film pour celle qui a déjà à l'époque une grande carrière de comédienne pour le cinéma français. C'est un portrait intime, dans lequel Sandrine filme sa relation avec sa sœur Sabine, atteinte d'autisme. Et comme un film de famille, il se fabrique aussi avec des archives, d'anciennes vidéos, des moments captés sur le vif qui racontent le passé. Sabine plus jeune, « créative devant son piano, libre sur sa mobylette, toute en joie dans l’avion qui la mène à New York »... Et puis Sabine, aujourd'hui, qui n'est plus tout à fait la même, qui a perdu la joie. Car c'est aussi de cela que parle ce film : de l'absence de prise en charge adaptée, qui constitue une violence, et qui fait du mal. Mais heureusement, dans ce beau film, il y a la grande tendresse d'une grande sœur : « L’amour, ça me fait du bien. »

Oui, le festival de Cannes vient de s'ouvrir. Un festival qui, le saviez-vous ? décerne des palmes chaque année. On se souvient de celle – d'or – de Justine Triet en 2023 pour Anatomie d'une chute, film qui eut ensuite une carrière phénoménale. À Tënk, nous n'avons pas oublié que la cinéaste avait réalisé plusieurs documentaires avant même son premier court métrage de fiction. L'occasion d'y jeter un œil !

L'autre jour à la radio, Dominique de Villepin – espoir de la gauche de droite pour la prochaine élection présidentielle – rappelait qu'il était un politicien banal. Revenant sur les soulèvements qui avaient eu lieu en 2006 contre son projet de « Contrat Première Embauche » alors qu'il était premier ministre, il estimait non pas que c'était un mauvais projet, mais qu'il n'avait pas été bien compris (sous-entendu : par la populace). Bref. C'était juste une mise en contexte pour introduire le tout premier court métrage documentaire de Justine Triet, Sur place, qui se déroule pendant ces manifestations de populace. Précisément : place d'Italie, à Paris. C'est une fin de manif, un moment de tensions et de violences. La réalisatrice y filme manifestants, journalistes et policiers qui se jaugent, se croisent, s'évitent. La foule, filmée comme un ballet dont on ne comprend pas tout : un théâtre des échauffourées, disons.

Il faut croire qu'elle aime les foules, Justine Triet. On le confirme avec Solférino, tourné, lui, en 2007, lors de la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle. C'est là aussi un film de rue et de dynamique des fluides : « dans un format 4/3 et un noir et blanc intemporel, la caméra filme des visages, des individus, dans des postures souvent théâtrales : rictus de joie, d'attente, de colère. Les journalistes occupent la scène, performent tels des acteurs leur show en direct, se nourrissant des tensions et émotions qui embrasent la foule. » On pense bien sûr au long métrage de fiction que Justine Triet tournera cinq ans plus tard, La Bataille de Solférino, dont le personnage principal interprété par Lætitia Dosch est lui-même journaliste. Un tournage qui plongera ses personnages au sein de cette (presque) même foule, mais un soir de victoire, cette fois-ci.

Enfin, on quitte les rues de Paris, avec Des ombres dans la maison. C'est les alentours de São Paulo. Une mère, Giselle, qui lutte contre l'alcool, et son fils Gustavo. Tous deux pris en charge par une assistante sociale bien particulière, Valeria, qui est également... pasteur évangéliste ! C'est de cette position bien particulière qu'elle est chargée de faire un rapport aux autorités pour valider ou non la garde des enfants. Après les foules de ses précédents films, Justine Triet filme cette fois-ci l'intimité, au plus près, avec une très grande économie de moyens et une belle attention à la fragilité. Et peut-être peut-on y voir, aussi, le premier de ses portraits de femmes qui se confrontent au monde alentour – un travail ensuite poursuivi de manière complexe et passionnante par son cinéma de fiction.

Bons films !