
L'herbe et le robot
L'édito de la semaine
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« Le concours de tri de colis entre le robot Figure 03 et le stagiaire Aime s’est terminé par une victoire serrée pour Aime, qui a trié 12 924 colis contre 12 732 pour le robot. Le stagiaire a traité chaque colis légèrement plus vite que le robot, mais a bénéficié de pauses, contrairement à Figure 03, qui ne s’est toujours pas arrêté de travailler à l’heure où nous écrivons ces lignes. (...) De son côté, Aime a fini avec des ampoules aux doigts et un avant-bras gauche "quasiment cassé". »
Les séquences de travail à l'usine dans Nous enfuir sur un char ailé sont impressionnantes. Elles datent des années 70, on y voit des ouvrières enchaîner les petits gestes, comme des robots – « je suis assise sur une chaise et je travaille qu'avec la main droite », dit l'une. Nous enfuir sur un char ailé, c'est un film fabriqué avec des archives. Il fait le portrait d'une femme ouvrière, représentative de beaucoup. Elle nous parle de l'aliénation : céder un morceau de sa personne pour la production. Mais ce n'est pas que l'usine. C'est... tout. Beaucoup de choses. C'est le foyer. C'est l'enfant qui vient (oui, céder un morceau de sa personne, son temps, son attention, pour le nouveau-né). Ce film, c'est l'histoire d'une prise de conscience. Celle de la « double journée », avec travail ouvrier et puis travail domestique... Mais que se passerait-il si elles arrêtaient tout ?
Ce film fait partie de notre programmation Premières Bobines intitulée Tracer des chemins. Et tracer, idéalement, son propre chemin.
Esther, en plus d'être un très beau prénom, c'est une femme décidée. À quoi ? À construire sa maison. Ce qui n'est pas une chose absolument évidente quand on n'est pas du métier. Elle pioche, elle visse, elle galère avec le placo. Et tout ça toute seule. Oh, elle cracherait pas sur un peu d'aide, mais les mecs, une femme qui construit sa maison seule, ils savent pas trop comment s'y prendre avec. C'est un film qui la laisse parler entre deux coups de visseuse. Et on sent qu'il lui fallait ce gros projet pour repartir d'un meilleur pied dans la vie. On ne sait pas exactement pourquoi mais on le sent. Les Trois Chambres d'Esther, de Lucie Kasperski, c'est pudique et drôle et comme l'écrit Alizée Mandereau, qui programme ces trois films : « Esther nous donne envie de regarder un tuto ensemble, et de couler cette dalle à ses côtés. »
Le passé dont il faut se défaire, c'est le sujet central de Je ne suis qu'un corps, de Lael Morin. Dans lequel la réalisatrice fait face à la parole la plus difficile, celle qui dit l'inceste qu'elle a subi. Pour cela, une mise en scène délicate (dans le sens de la délicatesse, de la douceur) : deux jeunes femmes se joignent à elle, parlent, posent les questions, interlocutrices et alter-ego. C'est dans ce dialogue que se disent les actes et le traumatisme. La parole échangée, comme une nécessité absolue. Et ce film, comme un des multiples chemins à tracer.
Oubliez. Oubliez l'introduction de cette lettre, là, tout au-dessus, ces histoires de robots truffés d'IA, ces horreurs numériques, toute cette énergie dépensée, ces bouts de plastique et de soudures juste bons à décoder des code-barres. Oublions, et sortons en Normandie avec Pierre Creton, Vincent Barré et Mark Brown. On va essayer d'être tout simple : Sept Promenades avec Mark Brown, le titre dit presque tout. C'est un botaniste qui nous emmène et nous entraîne avec lui dans sa grande attention à tout ce qui nous entoure. Il nous emmène dans son herbier, dans quelque chose d'essentiel qui fait dire « on veut que ce soit sans fin », comme l'écrit notre programmatrice Charlène Dinhut. Et elle a aussi cette phrase, sur laquelle nous terminerons bien mieux qu'on a commencé : « le film nous offre cette joie presque indicible de faire coïncider une fleur et un nom ».
Bons films !
* Robot contre humain : qui trie les colis le plus vite ? sur 01.net




