Des hommes à l'Est

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L'édito de la semaine

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La Rosgvardia est un corps de l'armée russe initialement consacré au maintien de l'ordre et à la sécurité intérieure du pays. Elle a été créée en 2016 par Vladimir Poutine. On dit aujourd'hui que la Rosgvardia est une armée dévolue non pas à la défense de la Russie mais plutôt à celle du pouvoir poutinien. On dit que la Rosgvardia est une armée « contre son peuple ». 

Au 28 de la rue du Maréchal Joukov, dans les faubourgs Sud-Est de Moscou, se trouve l'école des Cadets de la garde nationale présidentielle (Московское президентское кадетское училище). C'est elle qui forme la Rosgvardia. Et c'est par ici qu'on entre dans notre programmation Enfants de Poutine, avec le film The Golden Buttons. Le réalisateur Alexey Evstigneev est allé passer trois mois dans cette école-pensionnat, en 2019 (c'était avant que tout ne se durcisse encore plus). Ce devait être une immersion dans le quotidien de ces très jeunes hommes. Et puis c'est devenu un film de visages, finalement. Des visages pris dans la discipline et l'ordre, dans les mots qui petit à petit nourrissent et gavent les jeunes cerveaux. Des visages encore tendres, oui, comme avant qu'on leur tanne le cuir. Et Caroline Châtelet, qui programme ce film, se demande : « sur quel front de guerre sont-ils, ces enfants, aujourd'hui ? ».

Cette question, presque la même, que pose Pauline David à propos de Un été avec Anton : « Où est Anton aujourd’hui ? La question habite le film de Jasna Krajinovic lorsqu’on le découvre, ou le revoit, près de quinze ans après sa réalisation. » Anton, qui vit son été d'adolescent, avec baignades et soleil. Avec sa babouchka tendre et quelque chose qui ressemblerait à de l'insouciance... s'il n'y avait pas cette occupation de garçon russe, l'été : le camp militaire. Avec les armes, la Grande Russie et tout le tralala. « Fine portraitiste de l’adolescence, Jasna Krajinovic accompagne avec douceur ce garçon autrefois humilié, qui cherche une manière d’être enfin respecté. En filigrane, Un été avec Anton montre, aussi, comment la guerre s’installe dans les imaginaires dès l’enfance. »

Ici c'est Nikita. C'est Zakhar, c'est Micha, suivis pendant 4 ans dans Younost, une jeunesse russe. Ils sont dans un internat tenu par le père Boris, prêtre orthodoxe à qui on confie les enfants « difficiles » pour les rééduquer. Discipline, obéissance, rites religieux, cérémonials patriotiques... un cadre dans lequel les jeunes gens grandissent, entourés de la violence de ce lieu autant que de leur pays tout entier tourné vers les conflits. Une réalité brutale, filmée avec douceur par Salomé Hevin, qui « capte avec tendresse les fragilités de ces jeunes garçons pris dans un système qui les dépasse ». 

Le quatrième film de cette programmation s'écarte un peu de la jeunesse. L'Apocalypse a déjà eu lieu filme les « Garajniki », tous ces gens qui vivent dans des garages, dans des lieux informels, en marge. Ce sont des enfants de l'URSS, en tout cas, car leurs villes clandestines se développèrent lors de son effondrement. Alors que la fière Russie de Poutine sort ses bulldozers, Stany Cambot nous emmène découvrir ce monde parallèle, « un monde où persistent des modes de vie, d'entraide et de sociabilité hérités de l'URSS »... Extraordinaires rencontres, qui font remonter le temps et nous plongent dans d'improbables sociétés, souterraines et fantastiques...


On reste à l'Est. De quoi ? De l'Ouest.

Voin, c'est un portrait. De qui ? De Voin. Un homme que Gaëlle Boucand, la réalisatrice, a semble-t-il rencontré à Berlin. Voin est bulgare et Gaëlle le filme de retour dans son pays. À Sofia où il a grandi. Chez sa grand-mère aussi. Et il se raconte. Et il est doué pour se raconter ! Anecdotes pas si anodines, poulets étêtés, robe de mariée de sa mère discrètement passée, vertige sur l'enfance, connexions avec l'Ouest... Voin est un conteur fantastique pour raconter son intimité, comme une partition Est-Ouest, presque, dans son être-même. Un court métrage touchant, et drôle, et attachant aussi !

Bons films !