Rencontres aux États généraux de Lussas

Rencontres aux États généraux de Lussas

L'édito de la semaine

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Un cap. D'un côté, l'océan Indien. De l'autre, l'océan Atlantique. Là où deux océans se rencontrent.

Dans Where Two Oceans Meet, Lulu Scott nous amène dans les paysages de l'Afrique du Sud, son pays d'enfance. Ce sont aussi ceux de Phadiel, condamné à 25 ans de prison et avec qui elle entretient une correspondance. Au fil des années, la réalisatrice revient aux côtés de Kulsum, sa femme, et ses deux enfants, qui attendent sa libération. L'histoire d'une famille séparée dans un pays encore marqué par la ségrégation et la violence des gangs. Mais surtout une très (très) belle rencontre à ne pas manquer.

Ce film a été soutenu dans sa production par Tënk. Il fait également partie des films sélectionnés l'an dernier lors des États généraux du film documentaire. Alors que s'ouvre dimanche à Lussas le-dit festival, nous vous proposons depuis cet irréductible village ardéchois où nous sommes basé·es, 5 films de sa précédente édition.

Une forêt. Une nuit. Une femme et un homme devant un feu. Dans Feu fantôme, présenté en 2025 dans la section Expériences du regard, Morgane Ambre retrouve un ex-petit ami. La rencontre n'a rien de fortuite et a pour point de départ une lettre reçue suite à la vague MeToo dans laquelle le jeune homme reconnait longtemps après les faits l'avoir violée. Le violeur a-t-il changé ? Moins qu'une confrontation des récits ou une réparation, c'est la psyché d'un agresseur et un système de déshumanisation qui apparaissent. L'histoire d'une rencontre impossible. « Tu n'as rien à me demander ? » insiste la réalisatrice. Un film puissant.

Partons planter quelques figuiers et grenadiers. Dans Al Basateen (Les Vergers), Antoine Chapon donne la parole à deux anciens habitants d'un quartier de Damas rasé par le régime de Bachar el-Assad. En détournant les images présentant les gratte-ciel du futur complexe ultra-moderne qui doit être construit à la place des anciens vergers, Basima et Anas font revivre leur quartier. Comme l'écrit Cyril Hugonnet qui programme le film : « Tout simplement reprendre la main sur les images 3D vides et fades du régime, pour y faire pousser des graffitis, une végétation folle et rebelle, tout ce que la propagande voulait effacer. »

Autre façon de lutter contre l'effacement, Eco, un petit diamant de 7 minutes. Ou plutôt un morceau de charbon qui trace, d'un trait noir et profond, un poème. Des mots en italien, des archives du travail à la mine, une mémoire ouvrière réactivée… Manon Aubry fait apparaître la puissance de la vie. Avec cette question : Julius rencontrera-t-il Isabella demain au bal ?

Lo a lui rencontré Dany dans une salle de boxe. Il fabrique avec son improbable coach un film doux et profond sur une amitié rare : celle entre deux hommes. Le Boxeur chancelant de Lo Thivolle nous amène sur les rives de l'Étang de Berre et sur les flots d'un cinéma délicat, profondément humain. Un cinéma modeste et fabriqué entre ami·es, avec des super héros qui osent montrer leur fragilité. De ceux avec qui on pourrait un jour franchir un cap : rester ensemble au coin du feu dans la forêt ? Ou toute une nuit à danser ? On espère vous retrouver la semaine prochaine à Lussas pour fêter les 10 ans de Tënk.

Bons films !