Yoknapatawpha Koban Louzoù

Yoknapatawpha Koban Louzoù

L'édito de la semaine

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« 504 break chargée, allez, montez les neveux Juste un instant que j'mette sur le toit la grosse malle bleue »*

Tonton du bled, un classique que nous ne sommes pas allé chercher très loin pour faire écho à un film intitulé 504 ! Après avoir réalisé Renault 12, voilà que Mohamed El Khatib passe à la concurrence. Il fait ici une chronique de la « route du bled », rituel du retour pour les vacances d’été au Maroc ou en Algérie à la fin du 20e siècle. Des entretiens avec des Maghrébins du Sud de la France permettent de faire remonter souvenirs et anecdotes : la Peugeot 504 devient le symbole d'une véritable pratique sociale partagée. Et dessine aussi toute une période de l'histoire de la Méditerranée et des familles immigrées d'Afrique du Nord.

C'est un tout autre voyage en Algérie qu'entreprend Karim Aïnouz dans Marin des montagnes. Lui, c'est sa toute première traversée de l'autre côté de la Méditerranée, sur les traces d'un père algérien qu'il n'a jamais connu. Du bateau jusqu'aux montagnes de l'Atlas, c'est aussi comme une lettre à sa mère disparue (brésilienne, elle). Un pays inconnu, une rencontre avec une famille inconnue chez qui il cherchera une forme d'adoption. C'est un voyage comme une nécessité, tout en rencontres et en poésie : « Il tend tellement vers cette Algérie que c’est elle qui l’aspire plutôt que lui qui l’appréhende » écrit Olivier Barlet. « Quel beau voyage que cet essai aussi inventif qu’émouvant au-delà des mers ! »


On ne peut pas dire qu'il avance beaucoup, beaucoup, le chantier de Koban Louzoù. Ce film se passe sur un chantier participatif. Vous savez, avec le bénévolat, le partage, la bienveillance et tout le tintouin. Quatre personnes cohabitent chez un propriétaire (qui, attention !, n'a « pas une âme de propriétaire ») pour travailler à retaper sa vieille maison en Bretagne. Le titre, ça veut dire « la cabane et le remède » en breton. Et on dirait un peu une formule magique. Qui ferait que tout glisse un peu vers l'inattendu. Mais aussi, qu'au lieu d'un documentaire ce serait une fiction. Mais comme l'écrit notre programmatrice Olivia Cooper-Hadjian, le réalisateur « se distancie par sa démarche de la figure du propriétaire et chef de chantier auquel on pourrait théoriquement l’assimiler : plutôt que de dérouler des enjeux préalablement établis, il offre à ses interprètes un espace de jeu ». Et c'est cela qui est passionnant : un récit minimaliste, des dialogues semi-improvisés, de la gêne, de la comédie, un trouble entre documentaire et fiction. Jusqu'à une fin... qui introduit le louzoù dans la koban ?


Un autre mot : Yoknapatawpha. C'est le nom du comté imaginaire de l’écrivain états-unien William Faulkner. Un comté apocryphe (c'est-à-dire dont la réalité n'est pas certaine), c'est le titre du film de Geoffrey Lachassagne. Il met en parallèle les événements « survenus » dans ce territoire avec des paysages proches de notre quotidien le plus banal. À Yoknapatawpha, c'est une histoire de l'Amérique du 19e siècle : terres colonisées, populations soumises, exploitation du sol et des humains. Et petit à petit, le film parvient à superposer, dans nos têtes de spectateurs, cette histoire et notre présent. C'est très fort. C'est un film-essai qui nous fait confiance et qui se fait finalement limpide. Oui, ici, dans nos paysages et nos vergers, nous sommes les dignes descendants de la violence des proto-capitalistes : sur nos terres nous érigeons des hypermarchés. Regardez, vous comprendrez.


De violence il est aussi question dans ce court métrage d'animation : Comme si la terre les avait avalées. C'est un récit très simple : une jeune femme, Olivia, revient dans son pays, le Mexique, après un long séjour à l'étranger. Et en retrouvant les rues de son enfance elle comprend ce qu'elle n'avait fait que ressentir, plus jeune : que les femmes, dans ces rues, peuvent disparaître et ne jamais réapparaître. Elle comprend le fléau de son pays, la violence envers les femmes, les meurtres des femmes parce qu'elles sont femmes. Pour mieux nous faire partager les émotions d'Olivia, son alter-ego, Natalia León nous emmène dans son récit avec un trait sûr, des noirs, des blancs et des couleurs qui alternent et s'entremêlent, comme s'entremêlent présent, passé, réalité et imaginaire : l'animation sait faire cela en beauté. 

Bons films !

* 113 - Tonton du bled