Touristes et jaguars

Touristes et jaguars

L'édito de la semaine

Tous les vendredis, nos programmations sont accompagnées d'un édito qui vous présente les films de la semaine. Vous pouvez le recevoir par mél en vous inscrivant à la newsletter, mais aussi retrouver toutes les archives ici !

Recevoir l'édito par mail

Ce qui est vraiment très bien, avec l'IA générative, c'est qu'on n'a plus besoin de se déplacer jusqu'au temple d'Angkor pour y faire une photo souvenir. Ni au Machu Picchu. Ni au Trocadéro. Il suffit de la générer. Plus besoin de brûler du kérosène et d'enrichir Airbnb. Les méfaits du tourisme sont réglés : le monde cesse de s'uniformiser, les rapports de domination s'estompent, l'air est pur.

Absurde, oui. Mais le tourisme ne l'est-il pas, en soi ? (en plus d'être une catastrophe écologique, un rapport marchand au monde et une perpétuation de notre appétit colonial). C'est ce que s'amuse à observer le court métrage Been There, de Corina Schwingruber Ilić. La réalisatrice pose (une fois encore) son œil taquin sur nos manières d'être touristes. Sur cette étrange nécessité que nous avons de ramener à tout prix la photo qui prouvera qu'on est allés quelque part. On pense aux séries du photographe Martin Parr. Valises à roulette, poses obligées, sandales et casquettes. C'est moqueur, oui, on rit autant qu'on grimace, et puis... « que celui ou celle qui ne s’est jamais pris·e en selfie devant un monument jette la première pierre ! ».

Et c'est un film qui fait partie de la série de l'été Congés payés !


« Observations et photos de jaguars garanties ! 100% de nos voyageurs l'ont photographié », dit une annonce pour un séjour au Brésil, dans la région du Pantanal. Mais comme nous ne sommes pas une agence de voyage, pas de promesse. Juste des films. Et des jaguars... peut-être.

D'abord dans La Transformation de Canuto. Ça se passe entre le Brésil et l'Argentine. Et croyez-le ou non, là-bas, un jour, un homme s'est transformé en jaguar. Dans le village, tout le monde connaît cette histoire. Et de ce souvenir, tout le monde va s'employer à fabriquer un film : « Certains témoignent, d’autres deviennent acteurs, d’autres encore prennent la caméra, ou commentent les rushes. Les rôles et les fonctions circulent constamment » écrit notre programmatrice Barberine Feinberg. C'est un film fabriqué sur le temps long, avec toute une communauté. Une plongée, entre documentaire et fiction, vers la transformation... une expérience qui peut faire vaciller les certitudes...*

Et puis Jaguars, tout simplement. Qui pour le coup nous emmène dans une véritable expérience sensible. Imaginez savoir que l'animal rôde pas loin de votre village. Vous pouvez peut-être en voir les yeux luire dans le noir, comme deux lucioles. Vous observe-t-il ? Ce court métrage est comme un conte fantastique. Le jaguar hante le paysage et hante les paysans. Et puis il y a cet enfant qui perd la vue et qui, lui, semble pouvoir se rapprocher de l'animal...


Vous a-t-on déjà dit que nous fêtions les 10 ans de Tënk cette année ?

Il y a 10 ans, donc, en 2016 (et en amont), la réalisatrice Claire Simon a filmé les grandes étapes de notre naissance. C'est rare, de vivre de l'intérieur la création d'une entreprise – encore plus lorsqu'il s'agit d'une plateforme numérique consacrée au documentaire, basée en Ardèche ! De ce travail elle a tiré une série en dix épisodes, mais aussi un long métrage, Le Fils de l'épicière, le Maire, le Village et le Monde. Le premier, c'est Jean-Marie Barbe. Le deuxième c'est Jean-Paul Roux. Le village c'est Lussas (Ardèche), et Lussas est dans le monde ! C'est plein de rebondissements, de discussions plus ou moins musclées, d'énergie et d'amour pour le documentaire. Et si l'équipe a évolué, 10 ans après, Tënk est encore bien là !

Et c'est l'une des missions de Tënk que de contribuer à la production de nouveaux films : L'eau ne connaît pas de frontières fait partie de ces films que nous avons soutenus (et que vous pouvez tous retrouver ici). Une histoire qui se déroule sur une frontière nouvelle, entre la Géorgie et l'Abkhazie. Où les humains, contrairement à l'eau qui s'écoule, se retrouvent séparés et bouleversés par les cahots politiques d'une région...

Bons films !

* Ce film fait partie de Video nas Aldeias, une association qui favorise la production de ressources audiovisuelles réalisées par les peuples autochtones eux-mêmes. Corumbiara et As Hiper Mulheres, notamment, en sont également issus.