Résumé
Dans la jungle mexicaine, le jaguar rôde et hante les esprits. Tandis que différents regards se croisent sur ce prédateur nocturne, un enfant qui perd peu à peu la vue se rapproche de l’animal.
L'avis de Tënk
On dit que la nuit, tous les chats sont gris. Mais qu’en est-il des jaguars ? Chloé Wasp, artiste passée par le Fresnoy, nous plonge dans la jungle mexicaine. Un monde peuplé de lianes, d’humains, d’animaux. La nuit, la jungle est un entrelacs d’histoires, de visions. Un enfant, lui, perd la vue. Son regard troublé nous trouble en retour. Il dit beaucoup de la cécité que nous entretenons, nous les humains, avec des mondes que nous ne savons plus regarder. Ce regard hante le film. Il le charge d’une forme d’intériorité inquiète. Un paysan nous parle des lucioles qu’il voit lorsqu’il cherche à observer le jaguar. Le félin est lui-même une luciole qu’on ne peut regarder en face, tant il est discret. C’est lui qui nous observe. Le montage crée un dialogue entre l’animal, l’enfant, l’homme, le bétail qu’il défend. Chloé Wasp envisage la jungle comme un espace mental, empli de phénomènes inconscients, eux aussi discrets. C’est là toute la force – discrète, elle aussi – de ce film insaisissable comme un jaguar.
Benoît Hické
Programmateur et enseignant