Congés payés, la série

Congés payés, la série

L'édito de la semaine

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En architecture, un congé est une transition douce, lissée, entre deux surfaces. Le congé « répartit la charge sur une surface plus importante, diminuant ainsi les risques de rupture, en particulier dans le cas d'une pièce soumise à de la fatigue ».*

Les congés payés, c'est une victoire sur la fatigue. Et c'est une victoire tout court. Comment, 90 ans après 1936, imaginer une vie de travail sans ce droit qui laisse place au loisir, indispensable à l'équilibre de nos vies ? Les congés payés c'est une évidence complètement improbable : être payé à ne rien faire, vraiment ? Et ne plus travailler que 40 heures par semaine, en plus ? Tout cela a été conquis. Tout cela n'est pas acquis. 

Cette semaine à Tënk, c'est congé ! Alors on a rassemblé notre série de l'été, Congés payés : des films qui vont des luttes premières dans les usines jusqu'à ce qu'on en a fait, de ces congés, touristes que nous sommes devenus, vacanciers heureux d'un temps libéré !


« Nous sommes ici pour le bifteck »

Grèves d'occupations, nous dit le carton d'ouverture, est une « série de prises de vue marquant particulièrement le côté pittoresque et de bonne humeur de ces journées historiques » de 1936. Un « simple reportage », filmé au sein même des usines occupées et des manifestations au moment de la victoire populaire. Un témoignage absolument unique sur le folklore des à-côtés de la grève générale. On y brûle les 48 heures, on pend des effigies, on fait du cyclisme et on enterre le capitalisme ! Un document historique entraînant, drôle et enthousiasmant !

« Camarade, tu n'es pas seul »

La vie est à nous est un film de commande du Parti Communiste Français en vue des élections de 1936. Une réalisation collective sous la direction de Jean Renoir, qui exalte les vertus du Parti en racontant, via la fiction, des situations personnelles dénouées par la solidarité des camarades. Une solidarité dont on sent le souffle dans le film lui-même, dans sa créativité et son inventivité (et dans sa fantaise, parfois : les fascistes y sont des clowns). Et, oui, de fascisme il est question : en 1935 il défile dans les rues françaises, il drague les classes populaires. Et le parti communiste affiche en grand sur la façade de son siège : « les riches doivent payer ».

« Ne t'approche pas des congés-payés »

On raconte qu'une fois les congés payés établis, les bourgeois en villégiature sur la côte normande, voyant arriver les nouveaux vacanciers sur la plage, lançaient cette phrase à leurs enfants : « ne t'approche pas des congés-payés ». Le Voyage à la mer, c'est un film de 2001. Denis Gheerbrant y rencontre des « congés payés » dans les campings. Et c'est un pur film de rencontre, marque du cinéma de Gheerbrant : une petite caméra dans la main, vibrante de vie, et la parole et les regards échangés. En vacances, on se révèle autres, autrement !

« Les congés payés ont donné aux Français le goût des vacances. Aujourd’hui, Airbnb permet d’écrire de nouvelles histoires aux quatre coins de la France. »

Pardon. C'est une véritable publicité – avec tout son dégoûtant pouvoir de récupération. « Congé », pour continuer sur l'étymologie, est issu du latin « commeare », qui signifie « s'en aller, se mettre en marche ». Mais Been There pose cette question : pourquoi donc prendre un avion et faire rouler sa valise à roulette, si c'est juste pour aller prendre la photo que tout le monde a prise ? Un court métrage qui nous regarde avec un air... taquin !

Bons films !

PS : la semaine prochaine, il y aura le dernier épisode de la série, dans lequel on partira en Peugeot 504 vers le Maghreb !

* Arrondis et congés - Wikipedia