Résumé
Puits Simon 3 - Forbach. Les tambours résonnent au fond de la mine, le bal a lieu demain. Nous sommes le 14 du mois. Le film brosse par petites touches le portrait d’un homme, immigré italien, qui préfère à la prime mensuelle – conditionnée par le fait de ne pas manquer un jour de travail – se rendre au bal du mitan du mois. La joie plutôt que l’exploitation et le danger de mort permanent.
L'avis de Tënk
Eco fait 6 minutes 39 exactement. Eco, cela renvoie à l'écho (cette résonance sonore qu'on imagine infinie dans une mine de charbon) et cela fait signe vers « ecco » qui, en italien, signifie « voici ». Voici, donc, un film si court et néanmoins si dense et si puissant. Un film à la beauté à pleurer – oui, parfois, la programmatrice est sensible – en ce qu'esthétique et forme ne sont jamais déliées de l'intime et du politique. À partir d'images d'archives des mines du bassin lorrain et de photos familiales, la cinéaste dessine le portrait d'une vie. Cette existence de son aïeule, si on la perçoit d'abord écrasée par le travail, elle nous est racontée dans ce qu'elle arrache tous les mois au patron. Délicat et sensible, le film tisse plusieurs propos, entremêlant par les images et le récit en voix-off l'immigration ; la précarité ; le danger et l'étouffement de ce travail sous terre ; les rapports de classe et le racisme ; et également toutes ces menues choses qui font un quotidien. Bref, voici un film qui va à l'essence de son propos, dessine une vie en profondeur, et résonne longtemps après l'avoir vu.
Caroline Châtelet
journaliste, critique dramatique.