
Jasna Krajinovic
L'édito de la semaine
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Il y a des semaines, comme ça, où Tënk est très heureuse (ou bien Tënk est-il très heureux ?) de programmer certains films. Aujourd'hui, c'est le Fragment d'une œuvre d'une cinéaste, Jasna Krajinovic, dont il était grand temps de réunir plusieurs films pour mesurer l'ampleur de son travail – largement diffusé et primé mais qui étrangement reste un peu dans l'ombre en France. Vous aviez déjà pu découvrir il y a quelques semaines Un été avec Anton, portrait d'un jeune homme pris dans la logique d'embrigadement russe. Jasna Krajinovic sait faire ce genre de portrais formidables, d'une très grande délicatesse, de gens dont les destins sont traversés par les conflits.
Dans l'ordre chronologique, il y a les conséquences de la guerre au Kosovo. Quelques années après, en 2005, Deux sœurs suit Violeta et Vyollca, deux sœurs, donc, qui font l'un des métiers les plus dangereux du monde : démineuses. C'est qu'il y a de quoi faire, dans les montagnes frontalières. Et elles n'ont pas beaucoup d'autre choix : le chômage est important, quoi faire d'autre ? Dans le danger et dans la précarité, il y a leur relation très forte, et le film est une véritable rencontre. Parce que, on se dit, la réalisatrice sait écouter et regarder. Et elle sait aussi oser un long et scotchant entetien, au beau milieu du film. Ça nous touche. Et ça nous donne envie de continuer à les connaître.
Ou bien ça donne envie de voir d'autres films de Jasna Krajinovic. Alors, toujours chronologiquement : La Chambre de Damien. Ici c'est en Slovénie, pays d'origine de la cinéaste. Il y a Damien et il y a deux chambres, en fait. Celle qu'il occupe actuellement, dans une prison pour jeunes délinquants. Et celle qu'il occupera en sortant, dans la maison de ses grands parents. Et de cette rencontre sortent ici encore beaucoup de mots : Damien nous fait part de ses rêves, de ses projections vers l'avenir. Mais renouer avec la société n'est pas sans obstacles...
Enfin, Rashid, l'enfant de Sinjar. Ce n'est pas un hasard s'il y a encore un prénom dans le titre : on vous l'a dit, que Jasna Krajinovic excellait dans les rencontres ? Rashid c'est un jeune homme, en Syrie, qui a survécu aux prisons de l’État islamique. On le suit pendant cinq ans, entre ses 13 et 18 ans. Dans un pays qui tente de se relever et de se faire à la paix malgré les menaces permanentes, dans une famille bouleversée par les horreurs, tenter de vivre, en adolescent, voilà. Rashid est magnifique. « Comme ce sourire immense qui inaugure le film et disparait soudainement à l'évocation du passé, le film est fait de lumières et d'ombres. Une rencontre qui ne s'oublie pas. »
Violeta, Vyollca, Damien, Rashid... découvrez les films de Jasna !
« Je suis amoureux d'une cigarette / Sans elle j'ai l'air d'un poussin cherchant son omelette » chante Jacques Higelin. Sans elle, de quoi aurait l'air le père de Rosa Hannah Ziegler ? Oui ce court métrage s'appelle Cigarette mon amour - Portrait de mon père. C'est un film sans dialogues, en noir et blanc, qui regarde ce père qui s'adonne à sa passion, sans concession : fumer sa cigarette comme un acte contemplatif, qui se répète sans cesse. Un étrange portrait... enfumé !
Fumer tue, paraît-il. Berthe, elle, va mourir. De quoi ? De sa propre décision. Mais avant, elle va faire un film avec son petit-fils : « Pour ces derniers instants ensemble on a décidé de faire un film, comme un ultime feu d’artifice. Une ode à la vie à travers la mort, où la seule règle que j’avais était de ne pas faire un film triste » écrit Sacha Trilles. Ce sera Berthe is Dead But it's Ok. Et ce sera plein de couleurs et de choses qui brillent : « pour conjurer la tristesse, il fait rejouer à Berthe des scènes de morts iconiques, lancinantes et délicieusement kitsch ». Des plaisirs (coupables) de cinéma pour panser les plaies et parer la fin de vie de couleurs et de strass !
Bons films !




