Vaches, fleurs, sabotage

Vaches, fleurs, sabotage

L'édito de la semaine

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En mai dernier à Sion en Suisse s'est déroulée la finale nationale des combats de reines d'Hérens. Et c'est Canaille, une bien belle vache, qui l'a remporté contre Mégane (une bien belle vache également). Toutes deux reines, elles guident et protègent leurs troupeaux respectifs.

Une qui aurait été tentée d'être reine, c'est Laura Marques, réalisatrice de Vaches et Reines. Dans les paysages sublimes des montagnes suisses, elle garde cinquante vaches pendant les quatre mois de l'estive. Et elle en profite pour fabriquer ce film dans lequel elle s'interroge sur sa place dans le troupeau. Si elle ne peut pas être reine, alors quoi ? Avec beaucoup d'humour, elle nous parle de travail, de la solitude (qu'elle cherche sans vraiment la trouver), et des inquiétudes pour l'une ou l'autre de ses protégées. C'est un très joli film, accompagné d'un « avis de Tënk » audio de notre programmatrice Chloé Vurpillot, envoyé directement depuis les alpages. Et aussi, et aussi, il y a ce dernier plan sur une fleur, tourné par une éphémère mais très talentueuse cheffe-opératrice...

Montagnes et fleurs remplissent entièrement cet autre court métrage : L'Arc d'iris, souvenir d'un jardin. Scutellaria prostrata, silène, aster molliusculus, cicerbita, géranium, dactylorhiza hatagirea... sont filmées et nommées. Et c'est le premier herbier cinématographique des réalisateurs Vincent Barré et Pierre Creton (dont vous pouvez voir le deuxième ici). Dans L'Arc d'Iris, on est en Himalaya. Et au lieu de regarder vers le haut on regarde par terre, on se couche pour filmer les plantes, c'est une cueillette par le regard, scandée par la rumeur des villages et le chant des monastères. Des formes infinies, la petitesse et l'immense force... il fait bon parfois se laisser aller à la contemplation, le temps d'un film.

Des fleurs fleurissent en glaise tout autour du corps d'une femme en glaise sculptée. C'est une des images évocatrices de Carne, de Camila Kater. Un film d'animation riche de beaucoup de formes, qui épousent plusieurs témoignages de femmes. « Carne », c'est la chair. Et les chapitres du film sont : « bleu », « saignant », « à point », etc. Autant de qualificatifs appliqués ici au corps féminin, à l'expérience que chacune en fait. « Jamais comme il faut, jamais assez, toujours trop, écrit Margot Mecca. Dans les cinq histoires de corps racontées par ces femmes, le patriarcat se manifeste de différentes façons et s’entrecroise avec d’autres formes de violence. » Et ce court métrage tout en animation apporte une force, soutient par la poésie, pour finalement raconter « des histoires de résistance, de réappropriation de son corps et de réinvention de soi ».


Kamal Aljafari est un cinéaste et artiste palestinien passionnant, dont vous pouvez découvrir plusieurs films en location ici. Mais peut-être voudrez-vous dans un premier temps entrer dans son œuvre par un court métrage. Voici Paradiso XXXI, 108. Il y joue (si l'on peut dire) comme dans certains de ses autres films, à triturer des archives. Ici ce sont des images exclusivement tirées de films de propagande de l'armée israélienne. Par le montage, par l'ajout de musiques, « la guerre, écrit Mathilde Rouxel, devient une chorégraphie grotesque : des chars dans des dunes vides, des soldats aux visages d'enfants qui semblent jouer, scrutant un horizon sans ennemi. (...) C'est drôle, d'un comique grinçant, parodique. ». Et c'est un sabotage !


Edna, c'est un portrait magnifique. C'est en Amazonie brésilienne. C'est le portrait d'une femme qui toute sa vie a résisté auprès des paysans menacés d’expulsion dans les années 70, temps de dictature, de violences, de massacres. Cette femme à la voix douce raconte, par son journal intime. Notre programmateur Fabien David voit là un film fait de contrastes : « la douceur des voix et le vacarme des tronçonneuses, des arbres qu’on arrache, des coups de fusils et des hélicoptères. Ancré dans le quotidien de cette femme admirable, le film en consigne les gestes et les déplacements, les paroles et les mots, les paysages qu’elle traverse, le regard inquiet, scrutant ce beau visage modelé par les épreuves. » Et la force. Et le courage, inouï.

Bons films !