
Fiertés, poésie, humanité
L'édito de la semaine
Tous les vendredis, nos programmations sont accompagnées d'un édito qui vous présente les films de la semaine. Vous pouvez le recevoir par mél en vous inscrivant à la newsletter, mais aussi retrouver toutes les archives ici !
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« Si on prononce des paroles mémorables il y a de fortes chances qu'elles restent creuses ».
« J'ai jamais eu le projet d'écrire un poème » dit André du Bouchet. Si vous êtes des mots, parlez est une rencontre avec ce poète, dans sa maison drômoise. Il y prononce des mots qu'il faut écouter pour bien les entendre. C'est toujours passionnant d'écouter les gens qui parlent avec l'ambition de dire quelque chose. C'est pas si souvent. Et ces films d'entretiens sont pour cela précieux. « Le poète, ses mots, c'est un combat pour venir au monde » dit Anne de Staël en ouverture. Et son mari semble lui répondre : « Nous sommes au monde pour nous y perdre, nous parlons pour perdre ce que nous disons et pour nous retrouver une fois les mots perdus ». Et puis parfois André du Bouchet marche sur des chemins terreux et il prévient : « il faudra des longs temps de silence parce qu'au fond on n'a pas envie de parler tout le temps ». C'est vrai aussi.
Patrick habite à Bruxelles. Sa maman Randa est restée au Liban. Leurs vies se sont éloignées mais tous deux restent en contact très, très fréquent via des appels vidéo. C'est que Randa, protectrice, aimerait en savoir plus sur la nouvelle vie de Patrick. Patrick, lui, est obligé d'user de stratagèmes pour cacher l'existence de son amoureux. Mea Culpa est un film à la première personne, souvent filmé au téléphone. Patrick, c'est le réalisateur Patrick Tass, qui nous livre là une « séduisante comédie documentaire » dans laquelle se joue l'amour d'une mère et d'un fils, traversé par la question des identités : nationale, à travers la question de l'exil loin d'un pays – le Liban – en chute libre. Et sexuelle, pour ce jeune homme qui s'éloigne du modèle attendu par sa famille... Pauline David écrit : « Mea Culpa reste au plus près de ses personnages pour dire la souffrance et l'injustice – mais aussi l'amour. Un amour qui transcende les blessures sans les effacer ».
C'est le Mois des fiertés ! Et Tënk l'accompagne avec plusieurs films en ce mois de juin, dans la programmation Des voix fières.
Voici cette semaine Transfariana, de Joris Lachaise. Dans lequel deux luttes se marient : FARC et LGBTQI, en Colombie. C'est l'histoire d'un mariage, oui, entre Jaison, guerillero, et Laura, ex-prostituée transgenre condamnée à la réclusion à perpétuité. C'est l'histoire d'un scandale qui fait avancer la société. Car du scandale naît la réflexion, puis le bouleversement des mentalités. Dans les collines de palmiers couvertes de brume, au parloir d'une prison ou dans les assemblées citoyennes, c'est une fresque à peine croyable, un film ample qui nous propulse dans un univers insoupçonné... Et c'est un film accompagné par Tënk en production !
Nous voici à présent au Mexique. Sur le chemin de l'eldorado états-unien, ce mirage qui embarque des milliers de migrants d'Amérique latine vers le Nord, fuyant la violence et la pauvreté de leurs pays d’origine. Ils embarquent notamment dans un train qu'on appelle La Bestia, ou le train de la mort. Llévate mis amores se déroule le long des rails, à Las Patronas. Là, des femmes cuisinent, pour venir en aide aux voyageurs cramponnés aux wagons. Francisca Lucero, qui programme le film, écrit : « Face au drame qui traverse leur village, elles ont décidé d'offrir ce qu’elles possèdent : de la bienveillance, de la solidarité ». Et c'est un film tout fait de cette beauté-là, d'un espoir qui reste, de la générosité de ces femmes, mères, grand-mères, filles. Une histoire d'empathie et d'humanité !
Enfin, nous vous invitons à visiter le village de Ngor, à Dakar, dans Ngor, l'esprit des lieux du grand réalisateur sénégalais Samba Félix Ndiaye. Un film rare, qui témoigne de la résistance de ce quartier aux bouleversements de l'urbanisation dakaroise, qui peu à peu grignota les spécificités locales. Ngor sut préserver son identité et ne pas se noyer dans la grande ville...
Bons films !





