Dans le rétroviseur

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L'édito de la semaine

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Il paraîtrait que le capitalisme s'accommoderait de la violence et de l'oppression. D'aucuns estiment même qu'elles en sont une constituante. Commençons par regarder Sightseeing, de Peter Nestler. C'est un pamphlet. Un court métrage réalisé en 1968, qui met en relation la vie comme elle va dans une Suède prospère et touristique et le carnage en cours au Vietnam. Commençons par regarder ça.


In the Rearview – dans le rétroviseur –, c'est le titre original de Pierre Feuille Pistolet. Alors si on regarde dans le rétroviseur, trois ans en arrière, la Russie envahissait l'Ukraine, le 24 février 2022. Ces jours-là, le réalisateur polonais Maciek Hamela décidait de conduire son van Volkswagen et de traverser la frontière. Pour la traverser ensuite dans l'autre sens en convoyant des réfugiés ukrainiens fuyant leur pays. Et en filmant les conversations que la situation d'urgence entraînait. Voilà donc ce film, comme un huis-clos dans une cabine qui devient une zone « sûre » où les passagers se confient sur leur fuite, sur ceux et celles qu'ils laissent derrière eux, sur ce pays qu'ils ne sont pas sûrs de retrouver tel qu'ils le quittent. C'était il y a 3 ans, tâchons encore d'espérer qu'ils le retrouveront.

Notez que Pierre Feuille Pistolet faisait partie de la sélection Best of Doc #5 l'année dernière. La nouvelle édition du festival s'ouvre très bientôt, le 5 mars, un peu partout en France, et vous pourrez retrouver toutes les séances des films Best of Doc #6 sur la page du film !


Le pape François ne va pas très bien ces jours-ci, il n'est plus tout jeune. Peut-être abdiquera-t-il comme l'a fait son prédécesseur Benoît XVI ? En 2011, celui-ci faisait son travail de pape : une visite en grande pompe et en papamobile. Cela se déroulait en Allemagne. En Thuringe pour être plus précis. Thomas Heise était là pour filmer l'événement, et réalisa Die Lage – « la situation ». C'était une commande, que le réalisateur s'empressa de détourner, rechignant à se plier aux contraintes imposées par la communication officielle. La « situation » que montre Heise, c'est : une mobilisation sécuritaire impressionnante, un contrôle strict, une logistique au sein de laquelle « discours religieux et messages spirituels tombent à plat, laissant la place à une grande mécanique politico-religieuse qui tourne à vide ».

Nous vous proposons cette semaine un Fragment d'une œuvre consacré à Thomas Heise, programmé par Jürgen Ellinghaus.

Grande figure du cinéma documentaire est-allemand, Thomas Heise, disparu l'année dernière, n'a cessé de scruter l'histoire de son pays. Dans Mon frère, c'est par son histoire personnelle qu'il explore la question du pouvoir est-allemand, à travers une rencontre entre son frère, lui-même, et leur ami Micha, qui un jour les a trahis auprès de la Stasi. Comment vont-ils bien pouvoir discuter, trente ans après ?

Barluschke raconte aussi l'histoire d'un certain 20e siècle. Celui que Berthold Barluschke traversa, une traversée folle, et dans laquelle les repères se brouillent. Pour le dire rapidement, il travailla pour la Stasi, fut marchand d’armes, agent de la CIA, récupéré par les services secrets ouest-allemands, vécut aux États-Unis en homme d’affaires sans histoires... Un homme qui, selon Thomas Heise, cité par Jürgen Ellinghaus « s'est égaré dans la seconde moitié du 20e siècle dans son désir d'être spécial. Un homme à la solde d'idéologies changeantes, dont il ne se souvient pas des objectifs. Qui transforme en légende ce qu'il croit être sa vie ». Un face à face fascinant !


Et enfin : « Coca Cola / ça rafraîchit / au Canada ».

Pour le plaisir, et pour finir, voici Comptines, un court métrage québécois qui nous met au milieu des jeux auxquels s'adonnent des jeunes filles dans les rues printanières de Montréal. On y saute à la corde, on y joue à la balle et à l'élastique. Et on y entend des chansons géniales venues d'on ne sait où, qui rythment les jeux, qui ne veulent rien dire mais dont les mots habitent beaucoup d'enfances. Des chansons qui disent par exemple : « Qu'est-ce que j'aime / C'est d'la crème / Qu'est-ce que j'haïs / C'est d'la bouillie / Qu'est-ce que j'aime de tout mon cœur / C'est un p'tit gars de ma grandeur ».

Bons films !