Résumé
« J’aime Le Caire. Si profondément que quand on me pose la question “comment” je me trouve cherchant mes mots. Les moments les plus doux de mon existence, les vers les plus beaux que j’ai connus. Comment je t’aime, laisse-moi énumérer les manières… » (Youssef Chahine)
L'avis de Tënk
Un plan, et le voilà qui s'avance vers nous, main tendue, regard complice. Il va nous raconter Le Caire, mais pas par ses monuments : avec les gens.
Le film tissé par Chahine est un étrange objet, trop riche pour être un simple documentaire. Images prises sur le vif – des enfants endormis à six dans quatre mètres carrés, des mains qui palpent du tissu au marché –, des saynètes qui s'immiscent, comme ce gamin pressé d'uriner que son grand-père houspille. Soudain, des visages nous parlent, face caméra : « Où diable allons-nous ? » Et lui, fumant le narguilé dans un café, s'invitant dans son propre tableau : comment parler du Caire sans dire d'où l'on parle ?
Chahine invente une forme. Il passe du plan documentaire au plan fictionnel, de l'archive télévisée à la mise en abyme qui nous rappelle que nous regardons un film. Quatre régimes d'images qui valsent sous nos yeux, portés par le brouhaha de la ville. On pourrait perdre pied, mais non. La tendresse du cinéaste pour les Cairotes tient tout ensemble.
Mathilde Rouxel
Historienne du cinéma