Résumé
La clinique de La Borde, une institution où s’invente une nouvelle approche du soin psychiatrique plaçant au centre de sa pratique le collectif, la liberté de circulation et la responsabilisation des patients. La caméra suit les patients dans leur vie quotidienne, aux cours d’activités diverses, au sein des réunions communautaires. La parole leur est donnée, seuls ou en groupe, pour évoquer leur pathologie et la spécificité de ce lieu de soin. Le film est ponctué d’interviews de Jean Oury et de Félix Guattari qui présentent les élaborations théoriques qui sous-tendent la psychothérapie institutionnelle.
L'avis de Tënk
La clinique de la Borde a été fondée par Jean Oury et un groupe de jeunes psychiatres influencés par la révolution psychiatrique des années 40 et par Mai 68. Ce mouvement dit de la psychothérapie institutionnelle – dont Félix Guattari fut une figure centrale – redessinait de nouveaux rapports entre soignants et soignés.
En 1977, le journaliste et docteur en médecine Igor Barrère amenait à la Borde une caméra de télévision, dans cette clinique qui cherche (toujours) à faire vivre les malades pour les guérir. Ce qui pourrait n’être qu’un long reportage est en réalité une étonnante plongée au cœur d’un système de pensée. Barrère nous permet d’assister aux réunions de parole, à une vie collective en train de s’inventer. Ce qui frappe, c’est la circulation de la parole et son importance dans le montage : échanges entre Oury et ses patients, entre soignants et soignés, mais aussi _autour _du film lui-même, qui se donne à voir en train de se faire. Un dispositif synonyme de la grande télévision pédagogique des années 70, qui observe l’utopie sans émettre de jugement, ni faire d’un sujet sensible un phénomène de société.
Benoît Hické
Programmateur et enseignant