Résumé
Lors de l’intervention militaire au Liban à l’été 1982, Tsahal confisque les archives du Centre de recherches palestinien de Beyrouth, comprenant une collection de photos et de films. Kamal Aljafari se réapproprie ces images encore conservées par l’armée et le ministère de la Défense israéliens, afin de conjurer la volonté d’effacement d’un peuple privé de sa mémoire visuelle.
L'avis de Tënk
« Fidai » : celui qui se sacrifie, le combattant. En 1982, l'armée israélienne envahit Beyrouth et pille les archives du Centre de recherche palestinien, notamment les films produits dans les années 1970-1980 pour construire une iconographie nationale et exister dans le regard de l’autre. Des décennies plus tard, Aljafari traque ces images volées chez des chercheurs israéliens qui les ont conservées pour leur usage personnel. Même combat, nouveau front.
Alors il reprend, il vole à son tour. Il malaxe la pellicule, gratte les légendes en hébreu apposées par l'armée, barbouille de rouge vif les visages des soldats. Parfois il colorise, efface, recombine. L’ironie n’est jamais loin, et l’absurde devient une arme. Aljafari opère un véritable sabotage cinématographique ; une contre-propagande par le geste, qui dit : ces images ne vous appartiennent pas.
Ce que Aljafari appelle « la caméra des dépossédés » désigne son refus que l'histoire de son peuple soit racontée par ses bourreaux. En créant autre chose avec les images confisquées et archivées selon les logiques de l’occupant, il restitue ce qui a été pillé. Cette bataille se mène plan par plan, image après image, et participe à l’écriture d’un autre récit pour les Palestiniens.
Mathilde Rouxel
Historienne du cinéma