Résumé
Assailli de doutes après avoir signé une pétition demandant au groupe de Thom Yorke de ne pas faire de concerts en Israël, un signataire décide d’appeler un ami palestinien vivant à Londres. Un huis clos sans corps ni acteurs, avec seulement les voix de personnes tentant de composer avec les contradictions et l’hypocrisie des politiques post-modernes.
L'avis de Tënk
« I Signed the Petition ». Un titre en forme d’acte manqué. Un matin à Berlin, un cinéaste palestinien compose le numéro de son ami à Londres. L’heure est indue, la voix est blanche. La veille, il a signé une pétition appelant Radiohead à annuler son concert à Tel-Aviv. Panique. Ce simple clic déclenche un vertige : celui d’une existence sans refuge, où chaque geste, même à distance, vous ramène brutalement à l’étroitesse du viseur.
Le génie de Fleifel dans ce film, c’est de ne montrer presque rien, de filmer l’invisible. Sa caméra erre dans un appartement baigné de lumière, granuleuse, cherchant un ancrage dans l’exil alors que la voix blanche traduit l’angoisse d’un sujet déjà dans le viseur. À l’autre bout du fil, la réponse de l’ami tombe, lucide, cinglante : « Tu n’as pas le luxe de prendre de la distance ». En dix minutes, le court métrage renverse la table. Signer n’est plus un geste dérisoire, c’est l’ultime territoire d’une présence qui refuse de s’éteindre.
Mathilde Rouxel
Historienne du cinéma