Résumé
Après la guerre civile des années 90, la Géorgie a perdu le contrôle de la région d’Abkhazie et une énorme centrale hydroélectrique a été divisée par une frontière. La seule et unique connexion qui reste entre les régions rivales est un tunnel de 15 kilomètres qui transporte l’eau. La réalisatrice du film essaie de traverser la frontière pour explorer l’autre côté, avec pour principal guide l’ingénieur-technicien Irakli. Chaque tentative employant des moyens légaux échoue, mais le voyage mène à des histoires invisibles – tel le tunnel souterrain – cachées, secrètes et douloureuses.
L'avis de Tënk
L’eau n’a pas de frontières, mais les humains en dressent partout. C’est à partir de ce paradoxe que Maradia Tsaava construit son film. Ce qui aurait pu être une exploration d’un barrage situé entre la Géorgie et l’Abkhazie devient peu à peu le récit d’une attente. Dans les couloirs du barrage, à la cafétéria ou au gré des trajets en voiture, elle recueille les récits de celles et ceux dont les vies demeurent suspendues à cette frontière absurde. Des voisins d’hier sont devenus des réfugiés dont les retrouvailles sont désormais impossibles, les vies sont tenues et empêchées par le quotidien – un monde devenu imaginaire où les histoires de ces lieux se sont perdues. Tous ces récits sont autant de fragments qui révèlent la dimension profondément humaine d’un conflit souvent réduit à sa seule lecture géopolitique. Pourtant, malgré les lignes tracées sur les cartes, les souvenirs, les affects et les besoins continuent de circuler, à l’image de l’eau qui traverse le barrage sans jamais se soucier des frontières.
Line Peyron
Responsable de la production et co-directrice artistique de Tënk