Résumé
Zuza Banasińska réinvente la célèbre sorcière slave Baba Yaga par un savant montage de films du Studio de cinéma éducatif de Łódź, au contenu sexiste. Interrogeant sa propre non-binarité à travers une troublante voix-off qui raconte l’histoire d’une famille matriarcale, iel libère la dimension queer d’images chargées de transmettre une conception normative de l’identité.
L'avis de Tënk
Que faire des images qui, au fil du temps, ont forgé le canon de la féminité ? Que faire de ces représentations normatives des corps et des vies incrustées dans la mémoire collective ?
Zuza Banasińska décide de troubler les archives par une narration de fiction spéculative qui réinterprète à contre-courant le corpus des films de propagande du Studio de cinéma éducatif de Łódź. Les images de l’hégémonie deviennent le vecteur d’une généalogie matrilinéaire des mères, des tantes, des grands-mères, des sœurs et des présences animales qui bouleversent la norme. Baba Jaga, la méchante sorcière de la mythologie slave, se transforme ainsi dans le film en matrice/matriarche d’un autre ordre possible, figure de la résistance anti-patriarcale. Grandmamauntsistercat est un film de grande liberté qui intervient sur les archives pour les détourner de leur destin disciplinaire et les transformer en subversion de l’imaginaire, en outil pour libérer le passé et, par là même, l’avenir.
Margot Mecca
Productrice, programmatrice, chercheuse