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87 min

France, 2020

Musique originale : Pierre Desprats

Programmé par Jérôme Momcilovic

Roumain, Français

Français




Résumé


Je retrouve ma grande sœur après plusieurs années de séparation. Elle vit recluse dans son camion, en proie à la morphine. Nos retrouvailles nous entraînent dans une nuit prolongée.

L'avis de Tënk


Le film commence penché sur un double trou noir. À l’image : un gouffre ouvert par le ressac d’une mer glauque. Au son, révélé par une phrase valant prémisse, celui creusé par une intolérable absence. “Un jour je me suis senti seul, et j’ai repensé à ma grande-sœur Ioana.” C’est Rareş Ienasoaie qui parle, il a fait le film pour retrouver sa sœur. Elle n’a pourtant pas disparu. Elle a été oubliée, de gré et de force à la fois, dans le camion où elle vit seule, autre trou noir, échouée là par indépendance obstinée, et par toxicomanie. Entre Ioana et sa famille, douze ans de silence se sont creusés, et ce silence coupable, le frère ne veut plus en porter le poids. Filmer, dès lors, ne sera pas tant une excuse pour retrouver Ioana, qu’un moyen d’apprendre à la regarder. C’est pourquoi le film tarde — sa douloureuse justesse est à ce prix — à faire émerger un portrait de la sœur. Il lui faut d’abord apprivoiser ce regard posé sur elle, boire le désarroi qu’inspire son visage blessé par la solitude et la morphine, accepter aussi d’entendre que Ioana dit être heureuse, à sa manière. Alors seulement pourra commencer le portrait, l’œil lavé par la camera. Et en même temps que le portrait, une tentative d’exorcisme, depuis le fond du trou noir où Ioana, avec une lampe frontale pour tout éclairage, pousse dans ses avant-bras son poison. C’est d’ici que remonteront les souvenirs d’enfance, apprivoisés dans la défonce, offerts au frère venu briser leur commune malédiction, et au film, qui n’a pas peur des trous noirs.

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